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| Lucienne et Elstir quittent le salon (le 06/04/2006 à 11h53) |
(comme
les personnes qui trouvent que ce n’est pas de jeu que survienne une
guerre entre deux pays quand il n’a encore été question que d’une
rectification de frontière, ou la mort d’un malade, alors qu’il n’était
question que d’une grosseur du foie)
Marcel Proust, Le côté de Guermantes.
Dès que le
colonel a disparu, huit jeunes officiers descendent l’escalier, ils
traversent rapidement l’espace vide du Salon, s’approchent des seize
complices, l’un d’entre eux qui semble les commander les salue,
s’adresse au groupe : — Parce que le Ministère s’inquiète de votre
sécurité, vous allez être ramenés chez vous dans des véhicules
militaires, chacun des officiers présent commandera une escouade
motorisée qui prendra en charge un couple et un seul de façon à réduire
les risques. Personnellement, ajoute-t-il en s’inclinant devant Oriane,
c’est vous, Madame la Générale, que j’aurai en charge, je considère
cela comme un grand honneur, il rectifie son attitude, se raidit…
permettez-moi d’ailleurs, au nom de tous mes camarades de vous exprimer
nos plus sincères condoléances. Tous le officiers se sont mis au
garde-à-vous. Il ajoute, suivez-moi, je vous en prie.
Chaque officier
s’adresse à l’un ou l’autre : — Monsieur le Préfet, dit l’un à
Ganançay, je suis à votre disposition. — Madame, dit un autre à
Lucienne, si vous-même et le Professeur vouliez bien me suivre, une
voiture nous attend. Comme des personnes qui trouvent que ce n’est pas
de jeu que survienne une guerre entre deux pays quand il n’a encore été
question que d’une rectification de frontière, ou la mort d’un malade,
alors qu’il n’était question que d’une grosseur du foie,
l’irréversibilité des enchaînements s’impose, chacun comprend que la
situation s’est tout d’un coup dénouée et que leur situation a pris une
tournure à la fois plus claire et plus grave, ces incidents, et sans
doute celui auxquels ils pensaient le plus, donnaient à chacun d’entre
eux le désir d’être un peu seul : chaque couple suivit son mentor sans
mot dire, à la fois à moitié inquiet sur ce qui allait leur arriver —
car les paroles du colonel quoique rassurantes pouvaient n’être que
ruse — et soulagé de sortir de ce huis clos languissant où chacun
n’ayant plus rien à dire aux autres se demandait comment il allait —
s’il était amené à le faire (et dans le meilleur des dénouements il
aurait à le faire) — pouvoir se comporter quand il les rencontrerait à
nouveau.
Alors que les
deux derniers couples, Albertine et Ganançay, Lucienne et Elstir
quittaient le Salon, sur tous les écrans simultanément s’affichait une
annonce officielle de la Présidence déclarant que le Général avait péri
dans un attentat dont les coupables, un groupe de six radicaux
étrangers, venaient d’être tués dans un dur combat aucun d’entre eux
n’ayant accepté de se rendre. Il était vingt deux heures quarante
quatre.
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