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Général proust
   
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 Lucienne affronte la tempête (le 27/03/2006 à 11h53)
Le mensonge est bien peu de choses, nous vivons au milieu de lui sans faire qu’en sourire, nous le pratiquons sans croire faire mal à personne…
Marcel Proust, La Prisonnière.

L'air vif fouettait son visage, il y avait un vent violent, brutal, comme acharné à trouer l'espace, de grandes voiles de nuages traversaient rapidement le ciel dans une précipitation violente et sans fin, les vagues se fracassaient sans cesse contre les roches, c'était comme une sombre et forte respiration, à la fois proche et lointaine, angoissée et paisible, des vols de cormorans délimitaient le volume céleste, le ciel était en pleine tourmente, dans de grandes batailles de nuages et de bleu, l'air était chargé d'embruns iodés comme s'il portait en lui un immense essaim de mouches invisibles qui piquaient et fouettaient le visage, de grandes mouettes blanches zébraient l'azur de la stridence de leurs cris, le souffle de l'océan couvrait toutes choses, sa respiration était lourde, oppressée, sa transparence aqueuse, l'infinitude étale du mouvement enfermait la lumière dans une brume d'eau sans cesse mourante et renaissante. Lucienne se sentait exaltée, l'immensité du paysage lui était une affirmation, il lui semblait assister à l'affrontement du temps et de l'espace, l’emportement régulier des vagues émettait une immense pulsation cardiaque rythmant l'angoisse absolue du monde.

Lucienne, son frère, son ami Argencourt affrontaient cette tourmente comme une initiation : la violence des éléments était une épreuve qu’ils se devaient de réussir pour ancrer leur assurance d’un avenir. Visages fouettés d’embruns, debout sur un rocher inondé de vagues, tous trois faces à l’océan, se tenant par la main, vivaient leur audace comme une épreuve de vérité : il leur semblait échapper ainsi aux multiples minuscules compromissions, lâchetés ou mensonges qui permettant la poursuite quotidienne de la vie, sans aucun soupçon de corruption, érodent peu à peu les tempéraments, les polissent au point de les rendre aussi lisses que ces miroirs où l’image construite par la vie sociale se reflète. Décidés à soutenir ce qu’ils voulaient être, ils accueillaient dans une extase mystique les gifles d’eau cinglant leurs visages. Ils ignoraient alors que la vie suscitait d’autres mensonges beaucoup moins anodins.

Les trompettes de la Danse symphonique n° 2 de Rachmaninoff sortent Lucienne du rêve dans lequel elle s’était réfugiée, Bréauté s’est approché : — Pensez-vous que notre attente va durer longtemps ? — Vous connaissez mon frère… J’ignore ce qu’il a prévu mais soyez assuré qu’il a anticipés même les événements les plus inattendus.
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