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| Arrestation d'Elstir (le 15/04/2006 à 11h27) |
Bien
[qu’il] ne fût qu’une sorte de spectateur, il était mêlé
perpétuellement au spectacle, non même comme dans ces théâtres où les
acteurs jouent une scène dans la salle, mais comme si la vie du
spectateur se déroulait au milieu des somptuosités de la scène.
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe.
Elstir a quelque mal à garder son calme, il ferme
d'abord les yeux, puis les ouvre à nouveau, feint de s'intéresser aux
tableaux qui lui font face mais son regard est fuyant car bien qu’il ne
veuille être qu’une sorte de spectateur il est constamment mêlé au
spectacle, non comme dans ces théâtres où les acteurs jouent une scène
dans la salle, mais comme si sa vie de spectateur se déroulait au
milieu même des foisonnements de la scène. Il regarde Rachel, elle est
très raffinée, habillée d'un amour de tenue de tartan écarlate,
magnifiée par un lourd collier d’émail berbère aux tons bleus et
jaunes, elle a un port de reine et des mains de pianiste, elle arbore
ses bijoux avec impolitesse, ses doigts sont chargés d'anneaux
baroques.très colorés, Nuits d'Orient est son parfum dont les senteurs
traînent dans l'espace, elle semble songeuse : il voudrait lui parler,
ne sait comment s'y prendre, hésite… Rachel a toujours a toujours été
très belle, le sait, a toujours aimé sentir peser sur elle
l'indiscrétion des regards impudiques, aimé être la convergence de tous
les désirs. — Vous semblez songeur mon ami… Elle a une voix chaude,
langoureuse, musicale, modulée comme celle d'une viole mais pas un de
ses cils ne bouge quand elle parle. — J’essaie de comprendre ce qui se
passe… — N’essayez pas… Ces jeux-là vous dépassent. Rachel est
agressive, comme sur la défensive : Elstir se réfugie dans le silence.
Il voit entrer, par une des hautes portes de droite, une estafette qui
regarde patiemment la foule des gens comme si elle cherchait quelqu'un,
semble hésiter, s'avance, puis se décide à traverser l'espace, à se
diriger vers les escaliers, à monter rapidement les marches. Des
policiers et des militaires commencent à constituer de petits groupes
de convives qu’ils disent vouloir reconduire dans la sécurité de leurs
foyers mais, pour l’instant, personne encore ne s’est adressé à eux,
une impression poisseuse de méfiance et de suspicion lui embrume
l’esprit, il regarde sa montre, il n’est encore que vingt-deux heures,
la soirée se traîne, Rachel le regarde puis s’éloigne tandis qu’il voit
s’approcher un militaire en lequel, même si la durée accomplie rend
cette hypothèse invraisemblable, il lui semble reconnaître l’estafette
qui a monté les escaliers : — Professeur Elstir ? — Oui, Elstir
dissimule au mieux l’angoisse qui lui étreint le bas-ventre… c’est moi
! — Je vous demanderai de me suivre… — Que se passe-t-il ? — Je
l’ignore, je ne fais qu’obéir aux ordre… Suivez-moi je vous prie !
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