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| Bréauté s'interroge au sujet d'Oriane (le 07/05/2006 à 10h50) |
Pour
se représenter une situation inconnue l’imagination emprunte des
éléments connus et, à cause de cela, ne se la représente pas. Marcel Proust, Albertine disparue.
Un serveur s'affaire d'un air toujours préoccupé à débarrasser de leurs
restes de canapés et de leurs verres sales les tables des buffets.
Oriane s'arrête devant une porte sans exprimer dans son regard la
moindre intention. Près d’un bar, à côté d’elle, deux filles assises à
une table basse, parlent du Général, lui en apprennent plus que ce
qu'elle croyait pouvoir apprendre. Un peu plus loin, un groupe
d’officiers fait beaucoup de bruit.… Elle remarque un gros militaire
qui boit une bière, observe une discussion entre deux jeunes femmes,
fait semblant de lire le Parisien, essaie d'écouter ce que se disent
ses voisins... Bréauté, rentrant dans le Salon par une des portes
latérales qui doivent donner sur les autres parties du bâtiment est
tout d’un coup à ses côtés. Surprise: — Etes-vous libre? — Je ne sais
pas… Nous n’avons pas le droit de quitter le Salon… — Et les autres? —
Les autres, Argencourt, Charlus, Elstir… Bréauté l’interrompt — Je ne
sais pas, je ne les ai pas vu, ils les ont donc tous interrogés? — Ils
vous ont tous emmenés pour vous interroger…— Je ne sais pas, ce que je
sais c’est qu’ils n’ignorent rien de nos actes. — Que vous ont-ils dit?
— Ils ne m’ont rien dit, mais ce qu’ils m’ont montré, les questions
qu’ils m’ont posé au sujet du moindre de mes actes, les enregistrements
de certaines de mes conversations ou de mes mails, montrent à
l’évidence que rien ne leur échappe, qu’ils nous suivent tous les jours
pas à pas, enregistrent la moindre de nos transactions bancaires, le
moindre de nos déplacements et que, lorsque c’est nécessaire, ils
savent faire parler jusqu’à nos récépissé de parking et nos mégots de
cigarette. Bréauté se tait soudain comme surpris par l’audace de ce
qu’il vient de dire, regarde la caméra de vidéosurveillance qui, au
plafond tourne lentement sur son axe, cherche du regard dans le cadre
d’un tableau, celui d’un téléviseur, le pli d’un rideau, le microphone
qui pourrait y avoir été dissimulé, reprend: — Inutile même de se
méfier, nous sommes nus devant eux. — Ils veillent sur nous comme sur
des enfants, dit Oriane, mon mari me le disait souvent, notre sécurité
a un prix et ce prix c’est l’abandon de notre incognito. Bréauté
regarde intensément Oriane, il se demande si elle est vraiment
consciente de ce qu’elle vient de dire: — Etes-vous vraiment consciente
de ce que vous venez de dire, des conséquences? — Bien entendu… — Que
croyez-vous qu’ils vont faire de nous? — Pour se représenter une
situation inconnue notre imagination emprunte toujours des éléments
connus et, à cause de cela, ne se la représente pas, il me faudrait
plus de génie que je n’en ai. |
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