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| Albertine et Ganançay (le 09/05/2006 à 09h59) |
Le visage des choses change pour nous comme celui des personnes… Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe. Le
temps passe et passe et s'arrête et passe et l'histoire s'arrête et le
visage des choses change, (son cœur est triste jusqu'à la nausée de
repentir et d'anxiété), Ganançay pense que le monde continuera
perpétuellement à lui échapper, il mène en effet une vie si fragmentée
que même s'il ne perçoit pas le moindre lien entre deux événements, il
tente sans arrêt de trouver une signification à leur coïncidence. Tout
lui est signe et présage: il lui faudrait faire quelque chose,
difficile en effet d'admettre que des changements aussi attendus en
viennent à modifier le goût, la saveur même de l'air qu'il respire… à
faire battre son sang plus vite… Bien qu'il n'ait qu'une très vague
idée de ce que peuvent être les passions, il s’est souvent trouvé
confronté à des envies de meurtres mais Ganançay croit que la rêverie
doucereuse est une attitude lyrique, qu’il est malheureux, au comble du
désespoir. Sa vie avec Albertine s'est ainsi étirée dans de longues
vagues velléitaires sans suites qu’ils sont les seuls à subir. Quel
signe restera-t-il un jour de leurs résignations et de leurs attentes?
Ils mènent des rêves d'enfants qui n’auraient demandé qu'à devenir
actifs, attendent la venue de quelque chose d'indistinct, prennent
leurs distances, se disent que le temps va s'étirer encore et encore
qu’il n’y a aucune raison que cela cesse, que le monde sera ce qu’il
est parce qu’il n’est pas de raison profonde qu’il soit autrement. Il
traverse la vie comme le Salon cherchant dans les regards à la fois des
interrogations muettes et les réponses à ces interrogations. Son esprit
vagabonde ainsi d’un moment à l’autre, d’un visage à un souvenir, d’une
saveur à un moment, d’une couleur à une autre beaucoup plus ancienne…
d’un souvenir à l’autre. L'espace
de son enfance est si étonnamment ponctuel, enfermé dans l'instantané,
l'impensé qu'il est incapable de le penser autre. Sans en avoir une
claire conscience, c’est ainsi Oriane — ou plus précisément encore
cette jeune femme qui, de la plus banale des façons, s’est, par son
mariage avec son ami par la suite devenu Général, insérée dans sa vie
se trouvant malgré elle d’une façon certaine construite par son enfance
— que, dans la foule des convives, il recherche se demandant quels
signes, susceptibles de la lui faire reconnaître, porte son visage, si
l’événement qui les a rendu complices, s’y est déjà inscrit, de quelle
façon et si cette complicité nouvelle est devenue lisible à tous ceux
dont l’intelligence est assez vive pour être capable de la lire. |
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