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| Oriane interroge un jeune officier (le 07/06/2006 à 10h44) |
Certaines
existences sont si anormales qu’elles doivent engendrer fatalement
certaines tares, telle celle que le Roi menait à Versailles entre ses
courtisans, aussi étrange que celle d’un pharaon ou d’un doge, et bien
plus que celle du roi, la vie des courtisans.
Marcel Proust, Le côté de Guermantes.
L’univers du foyer est un univers de vidéo-présence, les convives
semblent protégés du monde par la multitude des écrans qui leur en
transmet les images et celle des caméras à peine visibles qui leur
assurent une discrète surveillance permanente.
Sur le mur situé face aux fenêtres, à gauche du monumental escalier de
marbre qui donne accès aux autres étages du bâtiment, les écrans plats
des téléviseurs explosent de la lumière violente d’images belliqueuses
à l’agressivité non déterminée qui font une tapisserie sans cesse
changeante comme si des rayons de soleil, filtrés par les feuillages
qui protègent les fenêtres, venaient animer sans cesse l’espace de
leurs jeux de lumière: des chasseurs creusent le ciel d’un écran dans
des sifflements insoutenables ; des cadavres jonchent partout le sol;
un enfant, d'environ huit ans, vêtu de noir, attache une fillette à un
arbre ; six enfants, blonds, roses, rieurs, courent comme des fous dans
les blés mûrs; une petite fille est assise sur une barrière verte qui
borde le gazon d'une maison toute blanche, elle semble regarde passer
quelque chose ; une autre fillette, sage, se promène donnant la main à
sa mère…
Un militaire est en arrêt devant un écran, il a l'air fasciné par ce
qui y défile: assis à l'entrée de sa paillote, un vieil homme répare
des filets verts, l'un d'entre eux tombe sur le sol; des piquets de
grève barrent les rues de la ville… Plus loin, un speaker au-dessous
duquel défile un texte illisible à cette distance, parle dans
l'indifférence générale. Sur un autre téléviseur encore, un artilleur
olivâtre, préoccupé semble souffrir d’une blessure à sa main droite
pendant que le Général le décore.
Un officier, jeune, grand, beau, majestueux, débouche à pas lents et
solennels d’un escalier. Oriane demande à ce soldat, que sa présence ne
semble pas troubler, l’autorisation de regarder par une fenêtre. Elle
tâche de le faire parler des officiers dont le nom revenant souvent
dans les journaux à ce moment-là excitent plus sa curiosité que les
hommes politiques mêlés aux mêmes affaires.
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