|
|
| |
|
|
| |
| Parrainage |
| Titre de votre futur blog : |
|
|
| |
|
|
|
| Sommaire des articles de cette rubrique |
|
|
|
|
| Roberte regarde le général (le 09/07/2006 à 06h38) |
On dit qu’un prompt départ vous éloigne de nous,
Seigneur, etc.
Racine, Phèdre.
Trois cadres
sont accrochés au mur au-dessus de la cheminée: deux vues cavalières
d’une cité arabe avec ses remparts et ses minarets à mosaïques, peintes
dans le style minutieux et coloré de la peinture orientaliste, et le
portrait du Général, alors simple colonel, de trois-quarts,
probablement exécuté au cours d’une cérémonie : le masque est
énergique, le regard clair, la moustache généreuse, la main droite
portée horizontalement à la visière du képi. Face à lui sont alignés,
comme s’il s’agissait d’un accueil ou d’un adieu, des personnages à
turbans et barbes vêtus de gandouras blanches, grises ou noires dont
certains portent des kalachnikoff ou des fusils d’assaut, d’eux entre
eux, — certainement des notables, des personnalités politiques ou
religieuses — à la barbe blanche, ne portant pas d’arme visible, sont
détachés de quelques pas en avant du groupe. Aucun titre, aucune date
ne permet de déterminer de quelle cérémonie il peut s’agir mais si l’on
estime que les paysages qui l’entourent sont en rapport avec la scène,
celle-ci se déroule certainement en Orient — ou en Perse. De plus le
Général semble avoir, autour de quarante ans, ce qui ne peut que
constituer un indice et situerait la scène à une dizaine d’années tout
au plus, du moins si le peintre a respecté la vérité historique.
Roberte se dit qu’il doit s’agir d’une cérémonie accompagnant un des
multiples accords d’assistance, alors souvent secrets, avec un
quelconque pays d’Orient dont le Général s’était fait une spécialité et
qui ont fait rapidement progresser sa carrière. Jouant des rivalités
locales sans se soucier des effets à long terme de ses agissements,
donnant le coup de pouce nécessaire au moment utile, il parvenait
ainsi, avec des moyens relativement réduits, à avoir une influence
beaucoup plus importante que ce qu’elle aurait dû effectivement être
même si cela n’était que temporaire et que ces alliances se soient
souvent par la suite retournées contre lui aggravant la situation
d’ensemble. Roberte en avait quelquefois parlé avec lui qui soutenait
que l’avenir politique le plus lointain n’était guère qu’à une échéance
de deux ou trois années et qu’il était vain de vouloir le penser
au-delà. Toute sa philosophie tenait dans cette pragmatique: les
populations vivent pour elles-mêmes, non pour leurs éventuels
descendants, ce qui compte aujourd’hui c’est aujourd’hui, un peu
demain, après demain est inaccessible et la sécurité qui fut toujours
un de ses thèmes premiers ne consistait qu’à éteindre les incendies
sans se soucier des brandons que l’empressement de ses pompiers
projetait à quelques distances où, bientôt, ils avaient à intervenir.
Chacun alors ne pouvait que déplorer la fatalité des flammes et se
féliciter de l’efficacité de leurs combattants.
|
|
| [
Ajouter un commentaire | 0 commentaire(s) |
Imprimer |
Permalien ]
|
|
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
|
|
| |
| Statistiques |
| 3 connecté(s) |
| 131684 visiteurs |
| Depuis le 28/08/2005 |
|
| |
|