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| Roberte s'étonne de la présence de Ganançay (le 06/07/2006 à 06h21) |
Il
faut se rappeler que l’opinion que nous avons les uns des autres, les
rapports d’amitié, de famille, n’ont rien de fixe qu’en apparence mais
sont aussi éternellement mobiles que la mer. Marcel Proust, Le côté de Guermantes.
Un dais de velours bleu architecture une entrée monumentale qui sépare
le Foyer des autres pièces à l’accès interdit. Les heures tournent
continûment, chacun ici regarde les autres et, les regardant, se
regarde, se voit dans les miroirs aux lourds cadres dorés, se retrouve
dans les portraits comme dans un immense labyrinthe de glaces. Roberte
dit: — Comment se fait-il que vous soyez là? Sa mémoire est emplie de
fureur, il y a dans le ton de sa voix une rancœur extraordinaire. Rien
ne lui semble important, il se demande en effet ce qu'il fait là,
voudrait tant dissoudre sa solitude dans une apparence d'amitié:
Ganançay a parfois une irrépressible envie de retourner au monde de
l'enfance, de s'enrouler complètement dans une couverture d'insouciance
il regardait alors la vie avec une innocence et une fraîcheur infinies
qui lui donnaient un appétit formidable. De nombreux
fauteuils rythment l’espace du Foyer que Ganançay, griffé de quelque
chose comme un sentiment d'impuissance et de désespoir, parcourt sans
raisons en tous sens; il n'a plus le sens des responsabilités, regarde
à l'intérieur de lui-même, fuit ce qu'il y découvre, regarde autour de
lui, examine le Foyer, pense: — Nous nous sommes aimés… Sur la
télévision à droite, près d'une des portes d'entrée défilent des films
vidéos, certainement d'amateurs, où l'on voit des enfants rieurs jouer
dans le sable au bord d'une mer, l'infinitude étale du mouvement
enferme la lumière dans une brume d'eau sans cesse mourante et
renaissante. Une gamine, blonde, angélique, contemple un papillon blanc
et jaune posé sur un aster aussi grand qu'elle, une autre petite fille
est assise sur une barrière verte qui borde le gazon d'une maison toute
blanche et le regarde passer. Les rapports d’amitié, de famille, n’ont
rien de fixe qu’en apparence mais sont aussi éternellement mobiles que
la mer: tout cela lui semble si loin. Un personnage assis est caché par
le journal «Le victorieux» dont la première page porte en gros
caractères le titre «Les assassins sont parmi nous», l’article signale
l'augmentation du nombre de crimes. Un fantassin, jeune, agité, entre
par une des entrées latérale. Comme parlant à lui-même, l'homme dit:
«On renonce plus aisément à ses amitiés qu'à son intérêt…» Ganançay se
dit que cette phrase étrange est un code, regarde les deux personnages,
se demande ce qui peut les réunir ici. Le personnage assis se lève,
s'éloigne, l'autre part avec lui. Ganançay les accompagne du regard,
hésite à les suivre, fait un pas en avant, un autre en arrière, se sent
sans raison apparente empli par un profond sentiment d'inutilité de ses
actes, décide de ne rien faire… |
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