KaZeo
Fermer
Oldicaces >>
  Créer son blog KaZeo Mercredi 17 septembre 2014   St Renaud  
Général proust
   
 A propos de moi
 Mon pseudo : Riches
 Me contacter
 En savoir plus sur moi
 
 Mes rubriques
 Général proust
 La guerre
 Tableaux
 Saint-loup
 Charlus
 Lucienne
 Elstir
 Gilberte
 Bréauté
 Albertine
 Norpois
 Oriane
 Argencourt
 Roberte
 Palancy
 Rachel
 Ganançay
 Germaine
 Françoise
 
 Parrainage
Titre de votre futur blog :
 
 
Page   1 2 3 4 5 6 7 8 9 10   
 Sommaire des articles de cette rubrique
   
 Une hésitation sans fin (le 10/09/2005 à 15h18)
On serait à jamais guéri du romanesque si l’on voulait, pour penser à celle qu’on aime, tâcher d’être celui qu’on sera quand on ne l’aimera plus.
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe.

S’approchant du buffet, Françoise n'a aucune mémoire du pourquoi réel de sa rencontre avec Argencourt dont elle aperçoit la haute silhouette don quichotesque. Leur premier souvenir commun semble remonter à cette nuit de juin où, alors qu’elle était encore une jeune mariée, ils ont dansé pour la première fois ensemble. Puis emportés par les pulsions — plutôt que maîtres de leur passion — ils se sont rapidement aimés, détestés, haïs. En fait, ils en sont toujours au même point, comme si leur vie se faisait sans eux : fétus enlevés par des courants contraires, Françoise s’est peu à peu détachée des désirs d’Argencourt qui s’est éloigné d’elle pour tomber dans ceux de Ganançay. Non seulement Argencourt n’aime plus Françoise, mais elle est devenue pour lui comme une morte un peu pleurée, puis l’oubli est venu, et quand elle le retrouve, elle sait ne plus pouvoir s’insérer dans une vie qui n’est plus faite pour elle. Françoise s’est ensuite de même détachée peu à peu des désirs de Ganançay qui s’est éloigné à son tour : elle s’est à jamais guérie du romanesque.

Lorsqu’elle s'évade, c’est vers le passé, cherche à s'oublier dans ses souvenirs : Françoise a, par intervalles, une irrépressible envie de retourner au monde de l'enfance, s'enrouler complètement dans une couverture d'insouciance, enfouir sa tête dans le duvet de mondes imaginaires plus exaltants les uns que les autres. Sans raison particulière, elle fait sans cesse attention à des choses anodines, retrouve un goût de madeleine, une odeur d’herbe humide d’une fin de soirée d’été, revoit la couleur framboise d’une tapisserie de Beauvais, l’habit de pirate à chemise vermillon étrenne d'un vieil oncle à son frère Elstir qu’elle aimait tant lui emprunter, le coquillage échangé avec Rachel lors d’un voyage adolescent, ce premier sourire que — par un soir d’été au bord de la mer —Palancy fut pour elle alors que, ne se connaissant pas encore, elle ignorait qu’il allait l’épouser…

Ces souvenirs l'émeuvent étrangement : sa vie est partagée entre le rêve de ce qu’elle a été et l’ignorance de ce qu’elle croit être, son passé aussi la dépasse tant il lui apparaît fait de fragments d’un puzzle dont elle ne connaît pas l’image entière, sa vie est comme un papier tant de fois plié en tous sens qu’il est impossible d’y retrouver la volonté, la forme qui en est cause et origine. Elle navigue ainsi sans fin ni illusion entre ce qu’elle perçoit et ce qu’elle croit percevoir, entre ce qu’elle imagine et ce qu’elle espère.

[ Ajouter un commentaire | 0 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]
 Un vieux couple (le 11/09/2005 à 11h01)
…on se sert tout de même des armes conquises pour achever de s’affranchir de celui qu’on a momentanément vaincu.
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe.

Bréauté a rejoint Roberte qui semble comme abandonnée auprès d’un des très nombreux buffets : bien qu’ils ne se parlent presque plus depuis très longtemps, il leur faut savoir, parfois, en quelques lieux, sauver quelques apparences. Qu’il soit toujours aussi élégant — qu’elle soit toujours aussi élégante — que lorsqu’ils se sont épousés ne leur importe guère, il y a longtemps qu’entre eux ne s’interpose plus aucun sentiment, que chacun, comme il l’entend, mène sa vie indépendante, lui s’abîmant dans la politique et ses flirts avec les cercles qui entourent les gouvernants, elle — se servant des armes conquises pour achever de s’affranchir de celui qu’elle a une fois vaincu — se consolant de ses absences dans des liaisons plus ou moins passagères dont sa finesse et sa silhouette rendent l’établissement facile. Leur vie commune est faite d’évitements, de ruses leur permettant de s’ignorer tout en vivant — officiellement — ensemble. Ils ne sont plus l’un pour l’autre que convenances. Il ne faut ainsi pas compter sur eux pour défendre dans leur ménage une morale conjugale dont cependant ils professent par ailleurs la nécessité : la vérité des choses n’est pas affaire romanesque.

Entraînant avec lui Roberte, Bréauté va d’un groupe à l’autre cherchant dans la foule des convives à qui il pourrait être utile de dire un mot, de serrer une main, pour qui il serait bienvenu d’aller chercher un verre au buffet, de qui il doit plus simplement être aperçu car il n’ignore pas que ce n’est pas ici qu’il recueillera quelques informations réellement utiles, glanant ici ou là tout au plus quelques ragots ou autres détails qui lui permettront d’infirmer — ou de confirmer — ce que par ailleurs il savait — ou soupçonnait — déjà. Ce qui par dessus tout lui importe c’est l’image qu’en ce lieu, où l’on doit se montrer, il va donner de lui : dans ce but, sa femme lui est une auxiliaire momentanément utile, sa beauté est une arme lui permettant tout à la fois de se détacher davantage de celle qu’il a autrefois vaincue et d’espérer affaiblir les défenses de ceux qu’aujourd’hui il voudrait séduire ou convaincre.

Dans leur lente traversée du salon, ils saluent au passage quelques officiers : Roberte croit vaguement connaître deux ou trois de ceux qui les saluent, mais cela n’a pour elle aucune importance, ses relations — que personne n’ignore plus vraiment — avec le Général l’amènent souvent à parcourir les milieux militaires, à dire quelques mots aux uns et aux autres mais sans plus : elle se considère comme trop loin d’eux pour s’encombrer de leurs souvenirs, leur monde n’a sur le sien que peu de prises.

[ Ajouter un commentaire | 0 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]
 Une bataille (le 12/09/2005 à 17h10)
Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Le grand tableau devant lequel s’est arrêtée Oriane et qu’elle semble contempler représente une voluptueuse scène de bataille :sous un ciel affreusement tourmenté par des tourbillons de nuages allant du vert au brun dans lesquels quelques rares trouées ouvrent sur un bleu troublé par toutes les nuances du gris, deux troupes s’affrontent sur un petit pont en un violent combat équestre. La troupe venant de gauche est composée d’hommes, celle venant de gauche de femmes — ou du moins c’est ce qu’Oriane croit pouvoir déduire de quelques détails vestimentaires et de l’évocation de seins rendue floue par les nécessités du mouvement. Les deux troupes s’affrontent à l’arme blanche : masses, épées courtes, javelots, lances. Trois personnages occupent le centre de la toile, une femme portant une robe rouge sang qu’un homme à pied, la tirant par son vêtement, fait tomber de sa monture tandis qu’un cavalier — dont le cheval zain se cabrant semble vouloir trouer les nuages de ses sabots avant — brandit une arme massive — qui pourrait être une masse — et tente de la frapper à la tête protégée seulement par la blondeur de ses cheveux. De nombreux cavaliers venus de droite, suivant un porteur d’étendard rouge, se précipitent dans la bataille tandis que sur la gauche un cheval bai à la crinière noire sans selle ni cavalier s’enfuit dans un galop désespéré. L’arche du pont s’ouvre sur une perspective de corps indifférenciés emportés par des eaux brun rouge alors qu’une cavalière casquée vêtue de rouge galopant à cru vers la rive fait piétiner par son cheval un amoncellement de corps nus et blonds tout en frappant un homme courbé du tranchant de son épée. Face à elle, sur l’autre rive, constituant ainsi le symétrique de la composition, une autre femme, vaguement couverte par les plis d’un tissu également rouge, emportée par la chute de son cheval blanc, rejoint un tourbillon de corps. L’ensemble compose avec nécessité un ordre tragique où ciel, nuages, corps d’hommes et de chevaux, vêtements, oriflamme se mêlent autour du trou formé par l’arche du petit pont seul élément ouvrant la trouée d’une perspective.

Un officier s’approche d’Oriane, la salue : — Une œuvre magnifique n’est-ce pas Madame la Générale ? — En effet… — Ce qui me fascine en elle, c’est cette ivresse de la bataille que son vortex traduit bien mieux que n’importe quel discours. Oriane se retourne, regarde plus attentivement l’officier : — Et cette perte vers l’infini qu’évoque l’œil du tourbillon… Lieutenant, avez-vous vu mon mari ? — Pas encore Madame, mais il ne va pas tarder, nous l’attendons d’un moment à l’autre.

[ Ajouter un commentaire | 0 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]
 Rachel (le 20/09/2005 à 21h17)
Une personne n’est pas, comme j’avais cru, claire et immobile devant nous avec ses qualités, ses défauts, ses projets, ses intentions à notre égard (comme un jardin qu’on regarde, avec toutes ses plates-bandes à travers une grille), mais est une ombre où nous ne pouvons jamais pénétrer…
Marcel Proust, Le côté de Guermantes.

Rachel regarde Charlus discuter avec Argencourt qui vient d’entrer dans le Salon et Rachel se dit que l'extériorité est une gêne, comment savoir, ou plutôt comment vivre avec la même exactitude, la même intensité, la vie que vit autrui. Rachel aurait tant aimé que son existence soit un roman. Ses journées sont des puzzles de fragments de faits et d'anecdotes qu'elle est incapable de remettre dans leur ordre logique. Elle aimerait pouvoir se raconter sa réalité comme elle lit un roman mais rien ne sert de courir après des événements fuyants. Comment savoir ? Elle aurait aimé avoir le pouvoir de connaître ses proches sous toutes leurs facettes, comme si elle était au-dessus de ce labyrinthe de glace qu'était pour elle sa vie, non devoir se contenter de ces uniques moments où ils montraient leur seule face momentanément visible. Elle ne vit pas sa vie comme une suite logique d'événements continue, mais au contraire, comme un dispersement perturbateur de faits aléatoires qui la surprennent continûment à l'improviste. Car ce qui importe, est moins la poussière superficielle et volante des multiples petits moments vécus que la profondeur stable des êtres or elle ne parvient pas à la connaître. Même Charlus, son mari — également son ami le plus sûr — lui est une énigme qu’elle regarde à distance comme un jardin à travers une grille où elle sait ne jamais pouvoir pénétrer. Qu’il ne lui ait jamais reproché ses amants — même s’il est des mots qu'il ne veut prononcer —, qu’il soit prêt à faire n’importe quoi pour l’amour de Gilberte qui l’ignore alors qu’il est aveugle à celui que Lucienne lui porte lui faisant subir les mêmes souffrances qu’il ressent lui-même la conforte dans son sentiment que la vie n’est qu’un kaléidoscope dans les mains du destin dont les figures complexes, même si elles paraissent symétriques et ordonnées, se défont au moindre de ses mouvement pour composer d’autres combinaisons tout aussi faussement stables.

Rachel entend Charlus et Argencourt évoquer comme avec regret certains moments de leur commune enfance avec Oriane, elle tend l’oreille : — Voyons, ce n’est pas ma faute… — Ce n’est pas la mienne non plus ! — N’y revenons pas, ce qui est fait est fait. Ce dont maintenant il s’agit, c’est d’essayer de maîtriser l’avenir. — C’est excessivement malsain… Elle ne veut pas à en savoir davantage car ce qu’elle sait est déjà bien trop lourd à porter.


[ Ajouter un commentaire | 0 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]
 La guerre fait rage (le 21/09/2005 à 14h18)
Les maximes de la sagesse politique ne s’appliquant qu’à des questions de forme, de procédé, d’opportunité, elles étaient aussi impuissantes à résoudre les questions de fond qu’en philosophie la pure logique l’est à trancher les questions d’existence…
Marcel Proust, Le côté de Guermantes.


Françoise se laisse emporter dans le tourbillon incessant des images mouvantes des très nombreux écrans qui animent les murs du Salon : une enfant fixe sur la caméra des yeux immenses comme perdus dans le vide ; de nombreux corps féminins sont emmêlés sur un très vaste lit circulaire ; des soldats se livrent à un corps à corps acharné ; une fillette sage se promène en donnant la main à sa mère (et celle-ci ressemble vaguement à Oriane) ; un cadavre démembré, léché par des chiens faméliques, pourrit dans la poussière ; sur une barque à l'étrave très haute peinte en vert, un jeune garçon d'environ huit ans, très musclé pour son âge, sourit au soleil; un autre enfant aux yeux dévorés de mouches regarde la caméra ; un individu est plaqué contre un mur par une terreur mortelle ; des ouvriers en grève des régions du nord défilent dans les rues détruisant sur leur passage les magasins de la ville, cependant les émeutiers n’auraient jamais franchi les voies suspendues ; la nuit, des hordes de pitbulls enragés occuperaient les rues de la ville : réalité et imaginaire, faits et fantasmes, tout se confond pour elle dans un total désordre, les événements relatés et ceux qu’elle a été amenée à vivre s’emboîtent les uns dans les autres comme les pièces d’un puzzle, comme si chacun de ses gestes, chacune de ses pensées dépendait d’un monde qu’elle voudrait extérieur et sur lequel pourtant, à sa façon elle agit. Ainsi depuis quelques jours, d'innombrables faits étranges énervent leur communauté, des ragots divers courent les salons, encombrent toutes les conversations. L'envahissent. On dit que des bandes armées sillonneraient la ville pillant tout ce qu'elles trouvent, violant tous ceux qu'elles rencontrent. On parle partout d'attentats, de troubles, certains suggèrent même des massacres… L'armée elle même ne semblerait plus très sûre. On entend parfois, la nuit, des bruits de fusillades. Chaque jour apporte avec lui sa chaîne déconcertante de drames. La ville entière tremble, les habitants se cachent, la nourriture commence à manquer… Un peu partout sur cette terre, la guerre fait rage.

La variété même des faits, dans sa massive prévisibilité, est devenue une tragique banalité quotidienne : Françoise ne peut ainsi ignorer que la ville entière ne cesse de parler d'un assassinat qui aurait été découvert la veille dans le quartier résidentiel. Sur trois colonnes, à la première page du Défenseur du Peuple, s'étale d’ailleurs la photo d'un cadavre méconnaissable au corps déformé par la douleur. Elle s’inquiète de ce mort dont elle ne sait rien, se demande comment elle pourrait en savoir davantage.

[ Ajouter un commentaire | 1 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]
Page   1 2 3 4 5 6 7 8 9 10   
 Mises à jour
- La Disparition du Général Proust fait parl... News Le 01/03/2006
- Françoise réclame de la solidarité Articles Le 26/09/2006
- La vie sexuelle de Marc Hodges Liens Le 16/07/2006
 
 
 Horloge
 
 Rechercher
 
 
 Statistiques
 1 connecté(s)
 145364 visiteurs
 Depuis le 28/08/2005
 
Créer un blog gratuit avec KaZeo | Créer un site | RSS articles RSS articles