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 Trop tard pour revenir en arrière (le 02/11/2005 à 14h04)
Il est difficile […] à chacun de nous de calculer exactement à quelle échelle ses paroles ou ses mouvements apparaissent à autrui.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

L'horizon est à la fois proche et affreusement lointain, le ciel a une profondeur absolue, l'espace extérieur vide, l’horizon est d'un calme profond. Alors que la mer s'étale sur le paysage en une large tâche bleue immobile, Saint-Loup sait qu’au loin, quelque part, le rouge et le mouvement dominent. Dans sa tête défilent des panoramas divers, des lieux exotiques : plages, cocotiers, rochers de corail, lagons… Ses souvenirs — réels, imaginaires, rêvés — se mélangent intimement, l'espace lui paraît transparent de lumière, la vie s’offre à eux, ils sont jeunes, Albertine et Roberte, ses cadettes, ainsi qu’Oriane et un lieutenant — le futur Général qui l’épousera quelques mois plus tard —, font du cheval sur une plage dans un de ces pays du Sud où ils ont l’habitude de prendre leurs vacances. Bien qu’il l’ignore alors, car il est difficile à chacun de calculer exactement à quelle échelle ses mouvements apparaissent à autrui, tout en cet instant d’un temps suspendu, est déjà en place : les futures relations amoureuses de Roberte avec un nommé Ganançay puis avec le Général, ainsi que l’amour qu’Oriane, après avoir abandonné Elstir, éprouvera pour lui-même. Tout est déjà là dans la transparente luminosité du ciel, dans les harmonies maritimes, les mouvements languides des vagues, les sourires qui s’échangent, les sous-entendus et les complicités qui s’établissent… mais ils ne peuvent en avoir conscience : ils vivent encore en toute innocence.

Derrière les alignements des rideaux tirés des fenêtres, qui forment une frontière étanche entre le monde de l'extérieur et celui dans lequel ils se trouvent, des ombres indistinctes vont et viennent toujours dans la pâlr clarté d’une lune trop parfaite, comme de décor d’opéra. Par intermittence, des stridences de sirènes d'ambulance hachent la nuit. Saint-Loup et sa sœur Roberte sont protégés des menaces anonymes de l'univers extérieur par les longs voiles de mousseline qui pendent aux fenêtres, encadrées d'écrans vidéo ; ils savent, dehors, les mers si lointaines, la nuit si noire, les vérités du monde si pressantes…

Après avoir discuté un moment avec eux, Gilberte vient de les quitter, Roberte l’a trouvé tendue, s’est trouvée piégée par cette tension qui confirme un ensemble d’impressions indéfinissables : tout en eux est trop lié, ils se sont enfermés dans des séries de relations inextricables où le moindre des actes de chacun, la moindre des paroles, provoque des réactions en chaînes qu’ils ne peuvent plus contrôler. Trop tard pour revenir en arrière. Ils savent pourtant — ils sentent plus qu’ils ne savent — que quelque chose, ce soir, va devoir se dénouer.
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 Une insécurité générale (le 03/11/2005 à 10h57)
Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant, sont généralement au contraire celles qui ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l’air d’être ennuyé, avec peut-être l’espoir inavoué de cet avantage supplémentaire que justement la personne avec qui on cause, vous entendant plaisanter de cela, croira que cela n’est pas vrai ;
Marcel Proust, La Prisonnière.

Ils voudraient oublier les militaires fortement armés qui gardent les abords de la salle ou parcourent sans raisons apparente la pièce en tous sens. L’univers du Salon est étrange, intermédiaire entre l’atmosphère de conte de fée et celle du roman réaliste : un individu en civil, mais à l'allure militaire, semble ne s'intéresser à rien de ce qui l'entoure, quatre militaires en tenue de cérémonie, — casquette blanche veste à galons dorés — verre de champagne à la main regardent attentivement un écran sur lequel Françoise semble avoir tout à fait envie de parler à Ganançay, qui ne sait comment l'éviter et feint de s’intéresser à la conversation d’un groupe d’inconnus : — Le problème c’est l’insécurité générale… dit l’un. — Vous avez raison dit l’autre, on ne peut pas vivre dans la terreur et l’incertitude, le terrorisme piège la démocratie… — Je n’ose plus sortir de chez moi… renchérit une dame forte en robe de soirée noire à broderies argentées… on n’est plus sûr de rien ! — Moi-même, plaisante Ganançay, je n’ose plus ouvrir mes fenêtres de peur d’être agressé… Françoise est griffée de quelque chose comme un sentiment d'impuissance et de désespoir, la vie lui est constamment douloureuse : — Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant, sont généralement au contraire celles qui ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l’air d’être ennuyé, dit elle, avec peut-être l’espoir inavoué de cet avantage supplémentaire que justement la personne avec qui on cause, vous entendant plaisanter de cela, croira que cela n’est pas vrai et pourtant, qui peut ici, affirmer qu’il n’est pas inquiet le moins du monde ? Ganançay sourit, s’éloigne sans ne plus rien dire du groupe, s’approche d’un des tableaux qui rythment les murs : ses couleurs dominantes sont le brun et le rouge, sur l'encadrement doré, il remarque des craquelures qui font apparaître des tâches de plâtre, s’attarde dans leur contemplation comme une voyante sur les dessins improbables du marc de café dans un fond de tasse. Sur l’écran Françoise reste seule, elle ne sait que faire, se décide à s’éloigner, disparaît de l’écran qui ne montre plus que la foule des inconnus.

A travers les fenêtres, de faibles spots éclairent parfois les pelouses d'un halo irréel mais parfois aussi, déplaçant soudain l’espace de la scène de l’intérieur vers l’extérieur, la lumière puissante d’un projecteur fixé sous le ventre d’un hélicoptère tranche avec violence l’insignifiance de l’espace creusant dans le jardin des espaces de sens.
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 Madame la Générale (le 05/11/2005 à 10h21)
…les autres, ne pouvant jamais se placer au même point de vue que nous, ne comprennent pas l’importance du mal que leurs paroles dites au hasard peuvent nous faire.
Marcel Proust, Albertine disparue.


Depuis quand n'étaient-ils pas restés aussi longtemps dans un même lieu ? L'amour, la haine ne sont pour eux que des jeux passagers, quelque chose comme des illusions de l'âme, la passion ne les a jamais occupés bien longtemps. Ils se croient protégés de tout, vivent dans une indifférence polie au monde, ne veulent plus voir vers quoi les entraîne leur aveuglement, n'ont plus le sens des responsabilités : l'insouciance est leur nature… Ils semblent n'avoir jamais grand chose à se dire comme si leurs mots s'étaient lentement usés aux aspérités de la réalité.

Oriane ne sait plus vraiment en quoi une situation est cohérente ou incohérente, elle s'en moque, elle ne regrette jamais ses actes, redoute parfois simplement leurs conséquences : seul compte pour elle son ancrage dans le moment présent. Ce qu’elle a fait est fait, l’essentiel est de ne pas en payer le prix ; aussi les autres, ne pouvant jamais se placer au même point de vue qu’elle, ne comprennent pas l’importance du mal que leurs paroles dites au hasard peuvent lui faire, elle ne parvient pas à se défendre contre une remarque mondaine d’Elstir : — C’est lorsque l’on est entouré de dangers que l’amitié est la plus précieuse… Se demande ce qu’il sait exactement, se méfie de son arrivisme, de son goût pour l’intrigue.

Un officier, jeune, beau, très brun, portant l’uniforme avec élégance et gravité s’approche d’Oriane, claque des talons, la salue : — Madame la Générale, je dois vous demander de me suivre. — Bien… pouvez-vous me dire pourquoi ? — Désolé, je ne le sais pas, c’est un ordre de la Présidence, il n’est pas réglementaire de mettre les estafettes dans la confidence. — Allons donc ! dit Oriane. L’officier la précédant, ils s’engagent sur les escaliers de marbre dont ils montent les marches.

Elstir est par moments infesté de quelque chose de douloureux et d'indéfinissable : il est empli d'une immense solitude qui l'étouffe, l'empêche de vivre. Il ressasse souvent son enfance dont lui reviennent en mémoire des fragments d'images, comme autant de pièces éparpillées d'un puzzle coloré : il a continûment aimé l'argent, le pouvoir. Elstir a remarqué l’officier venu chercher Oriane, a suivi discrètement leur déplacement du regard, remarqué avec un grand intérêt qu’Oriane avait suivi l’officier vers les étages supérieurs et l'idée qu'il est proche de son but lui procure une extraordinaire exaltation qui masque l’angoisse qu’il ne peut s’empêcher d’éprouver à la pensée des dangers de la situation.
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 Souvenirs d'Argencourt (le 06/11/2005 à 10h06)
Le travail de causalité qui finit par produire à peu près tous les effets possibles, et par conséquent ceux aussi qu’on avait cru l’être le moins, ce travail est parfois lent, rendu un peu plus lent encore par notre désir […], par notre existence même, et n’aboutit que quand nous avons cessé de désirer, et quelquefois de vivre.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Albertine regarde le visage aux yeux fendus, vaguement asiatiques, d’Argencourt, se demande pourquoi ce soir il la met mal à l’aise, quel est ce secret qui fait que soudain il ne s’intéresse plus aux très nombreux jeunes et beaux militaires qui protègent la salle — ou la gardent — quand les notes rêveuses et aériennes du Dolce Farniente d’Alexandre Raskatov s’interrompent : le visage en gros plan du Général apparaît sur tous les écrans : — Vous le savez, mon souci est la sécurité du monde libre, nous devons défendre ce bien universel qu’est la démocratie, contre les terroristes de tous bords et les états voyous qui les encouragent… Tous les visages se tournent vers les écrans, Argencourt se dit qu'il est malade, que c'est comme s'il n'avait encore jamais songé à vivre : son univers est clos, refermé sur lui-même comme celui d'une géode, et, malgré le silence environnant, aucune parole ne le pénètre.

L'univers de l'enfance est si étonnamment ponctuel, enfermé dans l'instantané, l'impensé qu'il est incapable de le penser autre. Au moment où il s'y attend le moins, par moments, son enfance le rattrape, le frappe en plein visage comme une gifle violente, il s'évade, sans comprendre pourquoi, s'oublie dans le passé, ses rêves le projettent dans un espace rassurant où il triomphe de tout ce qui essaie de lui nuire. Par une vague association d'idée, Argencourt revoit le déguisement blanc sale de magicien de son enfance et ce souvenir l'émeut étrangement : l'ensemble des humains se répartit pour lui en deux catégories, ceux qui sont bons à aimer, ceux qui ne le sont pas… Le reste lui est de peu d'importance, sa connaissance du monde s'arrête là. Il se rappelle aussi ce fait-divers : dans un village éloigné de montagne, il y a peu, une troupe de voyous avait violé une jeune femme d'origine africaine avant de la noyer dans la rivière. Personne n'en avait jamais connu la raison… il ne savait pas pourquoi, mais cela le terrorisait, comme s’il se sentait concerné ou — même — capable d’un tel acte… Le travail de causalité finit par produire à peu près tous les effets possibles, par conséquent ceux aussi qu’on avait cru l’être le moins, ce travail est parfois lent, rendu un peu plus lent encore par notre désir, par notre existence même, et n’aboutit que quand nous avons cessé de désirer : Argencourt s'attend chaque jour à ce que des événements semblables le frappent, ne sait plus faire la part entre cauchemar et réalité.
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 Des rafales d'armes automatiques (le 07/11/2005 à 17h47)
Nos désirs vont s’interférant, et dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.


L’allocution du Général s’est terminée. Maintenant les haut-parleurs diffusent l’élégant impetuoso du Graal Théâtre de Kaija Saariaho, les écrans s’emplissent à nouveau des confusions multiples de l’existence ; dans la lenteur, de petits groupes se forment et se défont comme si tout se déroulait dans le monde des ombres de l'un quelconque des cercles des enfers : le Salon les oppresse, il semble que personne ne veuille plus avoir confiance en personne. Charlus cherche Gilberte des yeux, lui sourit, voudrait lui parler, n'ose pas, Gilberte sait l’amour muet qu’il lui porte, se demande ce qu’elle doit faire. Elle le sent inquiet, troublé, devine qu’en ce moment, peut-être plus qu’en aucun autre, ils ont besoin de bras chauds où se réfugier, de s’abîmer dans l’immédiateté confiante de la chair mais il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui le réclame et Gilberte n’est pas sûre que Charlus — pas plus d’ailleurs que le Général — lui apporteraient ce dont avec Palancy elle se lasse. Elle n’est plus assurée de son besoin d’amour, plus sûre de trouver en qui que ce soit une harmonie telle qu’elle puisse s’abîmer dans la confiance : derrière chaque visage elle sait qu’il y a d’autres visages et que leurs désirs s’interfèrent dans de constants quiproquos. L’avenir est un jeu de dupes, un kaléidoscope agité par le hasard.

La stridence d'une sirène vrille l'espace, Gilberte croit percevoir dans les jardins comme la crécelle sèche d'une rafales de mitraillettes et, au loin, quelque chose comme un cri suraiguë de femme… L'air est oppressant. L'atmosphère est lourde, gluante comme si chacun était collé sur du papier tue-mouches. Malgré le décorum de fête, le nombre des gens, la richesse des buffets devant lesquels les convives ont l’air emprunté d’académiciens, une angoisse sourde imprègne de plus en plus le lieu. De nombreux serviteurs s'affairent, les bras chargés de plateaux de petits fours ou de flûtes pleines de champagne. Couvrant les flots de musique, les sifflements violents d'une escadrille de chasseurs à réaction percent l'espace. Par moments, le ronflement d'un moteur d'avion traverse le Salon.

Charlus s’approche comme un crabe : — Avez-vous vu Rachel ? Gilberte pense qu’il a dû hésiter longtemps avant d’oser cette phrase anodine… — Je la connais bien moi que vous… Savez-vous qu’elle est amoureuse du Général ? — Qui, lui était amoureux de vous… — Comment pouvez-vous dire cela ? Charlus se contente de sourire, Gilberte aimerait tant entendre un bruit de vagues lavant des rochers.

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