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| Palancy regarde Roberte (le 20/07/2006 à 13h46) |
Peut-être n’est-ce que dans des vies réellement vicieuses que le problème moral peut se poser avec toute sa force d’anxiété.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.
Revenant de son entretien avec les responsables de la sécurité, Palancy
a vu Roberte absorbée dans la contemplation d’un tableau, il a préféré
l’éviter, rejoindre le groupe où désormais ils sont douze mais, à moins
de s’isoler totalement, comment éviter aussi Albertine et Lucienne
alors que le Salon, seulement occupé par les derniers groupes de
convives, paraît vide? Lucienne est la première à remarquer la venue de
Palancy, elle le regarde, fait un petit mouvement de tête du bas vers
le haut qui est comme une interrogation — c’est du moins ainsi qu’il le
comprend: — Je suis sûr que vous en savez tous autant que moi, que
pourrais-je vous dire, ils ne m’ont presque rien demandé, en fait ce
sont ceux qui devaient m’interroger qui ont parlé le plus, je… Gilberte
l’arrête: — Nous savons tous qu’ils sont au courant de tout… Lucienne
l’interrompt: — Ce que nous ne savons pas c’est ce qui est vrai dans ce
qu’ils disent… — Ni ce qu’ils comptent faire de nous, ajoute Françoise,
avec ce qu’ils savent ils ont sur nous tous les pouvoirs qu’ils
veulent. Tous se regardent comme s’ils se découvraient pour la première
fois, aucun n’est plus sûr de l’autre, leur imagination travaille, ils
se demandent qui a vendu qui pour quoi, lequel d’entre eux peut avoir
suffisamment de sens moral pour résister aux pressions dont ils sont
maintenant l’objet mais peut-être n’est-ce que dans des vies réellement
vicieuses que le problème moral peut se poser avec toute sa force
d’anxiété, aucun d’entre eux ne pense qu’il en est là.
La musique — suite de notes liquides sur un long lent grincement de
violon comme désaccordé, peut-être le Postscriptum, dernier mouvement
de «I will see a rose at the end of the path» d’Alexandre Raskatov,
pense Roberte — s’interrompt brusquement laissant le Salon presque vide
dans un silence de plus en plus oppressant. — Il n’y a plus personne,
dit Lucienne… — Il y a nous, dit Palancy…— J’ai l’impression que nous
serons bientôt les seuls, ajoute Lucienne… Tous les autres la regardent
comme si elle venait d’affirmer une énormité, elle se sent gênée, ne
sait plus que dire. Aucun d’entre eux d’ailleurs ne sait que faire, ils
se trouvent désormais attendant dans un coin de l’immense Salon vide si
ce n’est que quelques militaires gardent les portes ou l’escalier mais
où rien ne semble plus devoir se passer, assis en rond sur leurs
chaises, ne se parlant que pour rendre supportable le silence qui
s’installe. Les seuks mouvements réel semblent désormais ceux qui
agitent la multitude d’écrans de télévision.
Roberte rejoint le groupe, dans le silence tous regardent le dernier groupe de convives quitter le Salon.
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