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Général proust
   
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 Palancy évite les caméras de surveillance (le 15/07/2006 à 06h42)
Les gens du monde se représentent volontiers les livres comme une espèce de cube dont une face est enlevée, si bien que l’auteur se dépêche de «faire entrer» dedans les personnes qu’il rencontre.
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe.

Qui peut encore croire à la réalité après tout cela? Les erreurs, les mensonges, les méprises établissent l'existence, les vies s’emboîtent aux vies comme pièces d’un puzzle, chacun s'abuse, et pour finir tout n'est que littérature (écrire reste une des possibilités…), rien… car qui peut encore croire à la chimère de la fiction? Difficile de savoir n'est-ce pas? La vie n'est ni matière ni forme pourtant les lecteurs se représentent volontiers les livres comme une espèce de cube dont une face est enlevée, où l’auteur se dépêche d’enfermer les personnes qu’il rencontre. L'écrit n'est qu’illusions, impostures… spirales, et l'existence un ensemble incohérent de fragments que la littérature s'efforce à mettre un petit peu en forme. Vivre, lire, écrire, que modeler sinon des phrases, la force de la littérature est de donner à des expressions vides la présence du monde et ce qui lui importe ce sont les arrangements qui font le récit. Ce qui est juste, c'est que chacun s'ennuie à en mourir, un désarroi… leur univers ne tient que si quelqu'un y croit… En fait, tout cela a bien peu d'importance, écrire c'est faire accepter que derrière l'illusion des termes agit un monde qui a sa propre cohérence: Françoise projette l’inintérêt de sa vie dans une rêverie littéraire, fait une confiance absolue aux duperies des mots, veut croire en la réalité de ce qu’elle se raconte, ses amours passés n’ont été que romances, son mariage avec Palancy love story, ses amitiés imaginations, ses enthousiasmes mises en scène, sa haine même du Général n’est qu’une hallucination politique seulement fondée sur son incapacité à entendre les implications concrètes du sens des mots, rien en elle n’a de consistance que par le jeu des sonorités et des métaphores, elle ne vit que dans une nomination perpétuelle de la vie. Françoise déchiffre ainsi la soirée comme un épisode d’une série policière bien construite où chaque événement est soigneusement programmé, attribue à tous ceux qu’elle connaît — comme aux personnages qu’elle découvre — des rôles dans une intrigue que cependant elle ne maîtrise pas totalement encore: que Palancy semble vouloir éviter les objectifs des caméras de surveillance lui est un indice, qu’il parle à Norpois, son ami d’enfance, puis le délaisse pour Germaine, un autre… Il n’est pas un mouvement, pas un groupe, pas une entrée ou une sortie de militaire qui ne lui paraisse significatifs, dans chaque mouvement, chaque fait, chaque phrase prononcée, même la plus banale, elle découvre des relations de causalité, se répète sans cesse pour l’interpréter, la dernière plaisanterie de Ganancay, la dernière phrase d’Elstir, remarque comme une énigme le retour d’Oriane dans la salle, échafaude des hypothèses, soupçonne tout et chacun.
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