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| Palancy n'est pas doué pour l'introspection (le 16/07/2006 à 09h42) |
C’est
le désir qui engendre la croyance, et si nous ne nous en rendons pas
compte d’habitude, c’est que la plupart des désirs créateurs de
croyances ne finissent […] qu’avec nous-même.
Marcel Proust, Albertine disparue.
Les mouvements sans buts des uns et des autres ont
quelque chose d’artificiel, aucun regard n’ose fixer quelqu’un ou
quelque chose, les conversations sont vides, l’inquiétude rampe dans le
Foyer où nul ne sait que faire, le parasite, croît peu à peu, s’enfle
derrière le calme forcé des visages, rapproche ceux qui s’aiment ou se
connaissent, l’attente pèse sur chacun… Des bruits de disparition
inexpliquées, peut-être inexplicables, émeuvent les convives, chacun se
sent vaguement concerné, menacé peut-être. Pour se rassurer les uns
sont en quête des autres. Même si l’existence l’a maintes fois obligé à
s’éveiller de son sommeil, Palancy n'a jamais été doué pour
l'introspection, ses réflexions ne dépassent guère ce qui est
nécessaire à cette satisfaction immédiate qu’il trouve le plus souvent
dans sa passion des femmes, il semble songeur. Gilberte et Palancy se
sont cherchés par habitude parmi les groupes qui se forment et se
défont, se sont retrouvés près d’une fenêtre dont les grands voilages
accentuent la hauteur, ils aimeraient se joindre à leurs amis, voir
ainsi infirmer ou confirmer leurs craintes, de peur que leur réunion
n’apparaisse comme un complot, ils n’osent pas. Au dessus de leur tête,
un écran vidéo — qui n’intéresse personne — offre des images
d'individus extravagants qui défilent dans le silence : l’un porte une
redingote de panne de velours, un autre, galoches militaires, habillé
de bleu-mauve, pantalon à petites renoncules, un autre encore manteau
ocre et noir, démarche très élancée, bottines de feutre jaune. Un peu
plus loin sur leur droite, un autre écran diffuse des images d’avion
larguant des bombes sur une ville inconnue, sous eux s’élèvent des
boules de fumées noires. Un homme marche vers eux, téléphone portable à
la main il semble parler tout seul, passe sans les voir: —…ne sais pas,
je te préviendrai… s’éloigne du même pas qui se veut tranquille.
Gilberte a de l’admiration pour Palancy dont elle aime à répéter
l’aphorisme qu’il cite souvent «La pire de toutes les mésalliances est
celle du cœur» et malgrè l’usure de leur relation, elle voudrait
toucher son amant, qu’il la serre dans ses bras, l’embrasse; elle
désire avec violence qu’il la prenne, se jeter sur un lit avec lui, que
ses désirs lui redonnent des certitudes, la confirment dans le
bien-fondé de ses convictions, voudrait être ailleurs. Elle regarde
autour d’elle, vérifie que personne ne la regarde, en profite pour
dissimuler une boulette de papier derrière les piles d’assiette d’un
buffet.
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