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| Palancy a envie de fumer (le 17/07/2006 à 15h49) |
Est-ce pour vous qu’est fait cet ordre si sévère ?
Racine, Esther.
Un
jeune homme au regard intelligent grignote négligemment un petit four,
une jeune femme passe qu'il fixe avec insolence comme s’il voulait la
déshabiller mais elle ne voit pas son regard: sa mine est assurée, son
air impassible, elle regarde autour d'elle, semble observer la foule
des invités comme si elle y cherchait un visage connu, elle a soudain
un regard étrange, perdu, comme noyé d'incertitude et de frayeur. Plus
loin, un homme portant une veste de lin beige s'approche du buffet,
prend, à la dérobée, quelques un des derniers petits fours. Tout près
d’Albertine, six jeunes hommes discutent à voix forte comme si, autour
d'eux, le monde n'existait plus. Elle regarde sa montre bracelet: vingt
et une heures trente, appelle son fils sur son téléphone portable. Elle
joue un personnage… Palancy sort une cigarette d'un paquet à moitié
vide, fait mine de l'allumer, le sang lui monte aux joues, sa main
tremble par instants sans qu'il n'y puisse rien La scène a quelque
chose d'étrange, comme paradoxal. Il sait qu'il n'aurait jamais dû être
là et ce savoir, à la fois, l'exaspère et le courrouce. L'individu au
regard intelligent semble s'ennuyer ferme. Palancy est vêtu d'un jean
de toile noire délavée. Albertine perçoit soudain, entré dans son
regard sans qu'elle en s’en aperçoive, un personnage qui, du fond de la
salle, avance solennellement, majestueux comme un prince ou un roi,
tête droite, regard tendu comme s’il craignait de devoir répondre à
ceux qu’il croiserait. Elle se dit qu’elle le connaît, l’a déjà vu
auparavant, ne saurait dire où: — Savez-vous qui est cet homme,
demande-t-elle à Palancy? — Le chef de la sûreté… Ne le connaissez-vous
pas? — Comment pourrais-je le connaître?… Il n’y a pas de réponse à
cela… — Voulez-vous que je vous le présente? L’homme majestueux
s’avance, se dirige vers Palancy: — Mon cher ami, il y a bien longtemps
que nous ne nous sommes vus… — Bien longtemps en effet dit Palancy. Ils
échangent des banalités, Palancy lui présente Albertine: — Une amie
d’enfance du Général… L’homme majestueux, hésitant entre douleur et
fermeté, s’efforce à prendre une mine de circonstance: — Avez-vous une
idée du coupable? — Pourquoi croyez-vous qu’il n’y en a qu’un? Tout
ceci est secret d’état, vous comprendrez, mon cher ami, que je ne
puisse en dire davantage… Palancy s’incline, l’homme majestueux
s’éloign : — Excusez-moi mais j’ai fort à faire. — Bien entendu répond
Palancy. L’homme majestueux se dirige vers l’escalier, un militaire le
rattrape, le salue, lui tend un pli. L’homme majestueux l’ouvre, le
lit, entreprend de monter les marches, se retourne, son regard semble
défier la foule des convives qui le regarde avec inquiétude.
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