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| Ganançay séduit Albertine (le 11/08/2006 à 06h38) |
…l’avenir
est ce qui n’existe encore que dans notre pensée, il nous semble encore
modifiable par l’intervention in extremis de notre volonté.
Marcel Proust, Albertine disparue.
Dans son désœuvrement, l’existence d’Albertine bruisse de songes, la
musique d’ambiance, lente et vaguement veloutée, que diffusent les
haut-parleurs répartis dans tout l’espace du foyer la ramène à cette
journée inoubliable de son enfance au bord de l’océan où, de grandes
voiles de nuages traversaient rapidement dans une profondeur mouillée
un ciel en pleine tourmente dans de grandes batailles de nuages et de
bleu, une précipitation violente et sans fin, il y avait un vent
violent, brutal, acharné à trouer l'univers, de grandes mouettes
blanches creusaient l'azur de la stridence de leurs cris, le bruit
rythmé et réglé des vagues faisait comme un battement de cœur
douloureux, la respiration de l'océan était lourde, oppressée, le
souffle rauque de l'océan couvrait toutes choses, le vent du large
écrasait avec violence les herbes rares de la côte, les vagues
inépuisables venaient se fracasser contre les roches, des jets
d’embruns se projetaient vers le ciel comme s'ils voulaient en éteindre
la fureur, l'infinitude étale des mouvements enfermait la lumière dans
une brume d'eau sans cesse mourante et renaissante, l'immensité vide de
l'océan ouvrant sur des impressions de vide, d'éternité, l'atmosphère
mouillée charriait des miasmes pénibles de moisissure. Il sembla ce
jour-là, pour Albertine, assister à l'affrontement du temps et de
l'espace, à une lutte de titans devant laquelle, attendant avec effroi
la venue d’autres orages qui l’emporteraient dans un univers de
tourbillons et de tempêtes, elle se sentit fragile, minuscule,
incapable d’agir seule, où elle éprouva soudain le besoin d’épaules
fortes, de certitudes, se tournant alors, mais sans oser cependant le
leur dire, avec humilité vers les adolescents qui l’accompagnant alors
semblait se réjouir de cet affrontement des éléments devant lequel leur
impassibilité fière leur permettait d’affirmer virilité, Saint-Loup,
son frère et ses amis de lycée le futur Général, Ganançay, le
seul des trois qui percevant dans les hésitations de son regard,
dans le geste des mains couvrant son visage, le désarroi qu’elle
éprouvait lui ouvrit alors ses bras entamant une relation de tendresse
qui, à cause peut-être des idéalisations de leur âge, ne tarda pas à
devenir amoureuse pour, quelques années plus tard, finir par
s’embourber dans les lourdes terres grasses de la vie conjugale
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