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| Ganançay est revenu dans le salon (le 17/08/2006 à 09h43) |
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Racine, Athalie.
La nuit, c'est la nuit, un décor simple pour les passions, il n'y a
rien de vraiment remarquable, la ville est dans l'obscurité, les
étoiles font comme une décoration. La lune. Lune bidon. La lune est
ronde. La lune est une assiette, la lune est ronde et jaune comme une
pierre incandescente. La lune — lune canaille — bouge, émerge des
arbres du parc. Seuls de vagues bruits lointains dénoncent un reste de
vie, un inconnu regarde à la fenêtre, des pas font crisser le gravier,
le doute fait partie du paysage. Seule la nuit est.
Ganançay est revenu dans le Salon. Cherchant son amie Gilberte, il a
rejoint le groupe composé d’Albertine, sa femme, deux de ses anciennes
maîtresses — Françoise et Roberte… ne manque que Germaine pour
compléter l’ensemble — et de Rachel et Lucienne qu’il connaît
depuis longtemps par l’intermédiaire de l’une ou l’autre ou de sa très
ancienne fréquentation du Général. Qui a perdu s'éloigne, Ganançay est
maintenant dans sa vérité, il y a quelque chose qui s'est mis contre ce
qui est vivant en lui, il a peur d’une condamnation, sa conscience
d'exister se trouble de son inquiétude devant l’avenir proche, il ne
cherche plus d’ailleurs, ne tente plus de masquer le vide de son
existence sous des mises en scènes de passions plus ou moins factices
mais qui, — l'homme qui songe est un dieu, et celui qui pense un
mendiant — l’emplissaient un temps de la satisfaction de rêver. Il a
besoin de s’appuyer sur une relation solide construite hors de tout jeu
social d’apparences et Gilberte seule joue tous le rôle. Implorant son
regard, ignorant la présence des autres, il la fixe comme si elle était
seule: — Nous sommes perdus, dit-il, peinant à former les mots, d’une
voix grave et basse, ils savent tout, tout… Un lourd silence se pose
entre eux, les regards des femmes se tournent vers lui qui ne regarde
que Gilberte. Elles ne disent rien, la musique mélancolique et discrète
— Many pleasures, cloches, gongs, clochettes, voix de Kaija Saariaho —
prend toute la place. Silence. Musique. Musique. Gilberte a pitié de
lui, se force à parler: — Que vous ont-ils fait? — Rien… Ganançay
déglutit discrètement, rien… ils ont été très corrects, très… trop… Ils
m’ont à peine interrogé, ils savaient tout, je n’avais à répondre que
par oui ou non… Ils savent tout sur nous, tout, c’est effrayant… ils
savent tout… — Calmez-vous mon ami, dit doucement Gilberte. Elle
regarde les autres femmes: l’essentiel est de rester solidaires.
De nouveaux groupes de convives quittent le Salon où la foule des convives semble maintenant moins compacte.
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