|
|
| |
|
|
| |
| Parrainage |
| Titre de votre futur blog : |
|
|
| |
|
|
|
| Sommaire des articles de cette rubrique |
|
|
|
|
| Un monde clos (le 22/01/2006 à 17h40) |
C’est
ainsi que des peuplades sauvages apprennent certaines nouvelles
plusieurs jours avant que la poste les ait apportées à la colonie
européenne, et qui leur ont été en réalité transmises non par
télépathie, mais de colline en colline à l’aide de feux allumés.
Marcel Proust, Le côté de Guermantes
Le « Justicier » du jeudi 24 avril ne parle que de crimes, incendies,
pillages, viols… il semble que l'univers serait devenu fou, que plus
rien n'aurait réellement de sens. Le « Justicier » tombe la plupart du
temps dans le sensationnel mais, en cette période, il n'y a pas besoin
de se forcer… Chaque page est pleine de photos montrant des cadavres.
Les nouvelles ne sont que celles de meurtres, massacres, assassinats…
Depuis quelques temps, les rubriques nécrologiques des divers
quotidiens — « Le Journal », « Le Justicier » ou « Le Guerrier »… —
tendent à occuper de plus en plus de place comme si la mort était
devenue la principale activité du pays. Sur trois colonnes de la
première page, une photo de jeune femme qui porte en elle des choses
lourdes, troubles, presque indicibles qu'elle ne s'avoue que
douloureusement est titrée : « La situation devient insurrectionnelle
». Dans un village des environs, une jeune femme a découpé son
nouveau-né puis l'a donné à manger à son compagnon. Germaine n'aime
plus lire les journaux, elle éprouve à leur égard une méfiance
instinctive comme s'ils ne pouvaient introduire dans son existence que
de nouvelles catastrophes.
Par moments, des feulements lui parviennent. Les pages lui semblent
soudain imprimées dans le sang. Un homme à la face laide traverse le
foyer, il porte une chemise de lin orangé. Comme s'il poursuivait un
rêve intérieur, il arbore un sourire béat, semble enfermé dans son
monde interne. Derrière lui flotte comme un parfum de mystère et
d'intrigue. La salle est baroque, dévorée de dorures. Un monumental
escalier de marbre donne accès aux étages supérieurs. La réalité n'est
qu'un immense présent déserté par la pensée de la mort qui lui semble
inépuisable et qu'il ne s'agit que de déchirer à belles dents. L'air
est si transparent et si calme. Il traverse la vie en courant,
s'insinue dans son épaisseur. La passion ne l’a jamais occupée bien
longtemps. L'existence n'est qu'une longue suite de moments accolés
sans cohérence réelle, quelque chose comme un mauvais montage de
séquences disparates, faites de bribes récupérées de vieille pellicule
et qui, tant bien que mal, construisent une histoire particulière sans
grande cohérence. Elle a toujours été heureuse d'être désirée. Toute
les menaces de l'existence, même les plus minuscules, lui sont une
blessure insupportable : elle vit dans un univers clos.
|
|
| [
Ajouter un commentaire | 1 commentaire(s) |
Imprimer |
Permalien ]
|
|
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
|
|
| |
| Statistiques |
| 1 connecté(s) |
| 131637 visiteurs |
| Depuis le 28/08/2005 |
|
| |
|