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Général proust
   
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 Des fantassins poursuivent des garçonnets (le 25/01/2006 à 11h06)
Les procédés de narration destinés à exciter la curiosité ou l’attendrissement, certaines façons de dire qui éveillent l’inquiétude et la mélancolie, et qu’un lecteur un peu instruit reconnaît pour communs à beaucoup de romans, me paraissaient simplement […] une émanation troublante de l’essence particulière à François le Champi.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Le Foyer se protège de l'extérieur par les verres épais des téléviseurs où se déroulent les agressions du monde : dans une prairie trois individus sont aux prises avec quatre jeunes femmes, peut-être même des jeunes filles, des fantassins poursuivent des garçonnets qui s'enfuient à travers les herbes hautes, la chaleur semble épouvantable, un camion enflammé traverse l'écran à toute allure, un personnage tombe face sur le sol, un homme ensanglanté a les yeux perdus dans le vide, il y a tant de cadavres que les écrans émettent comme une odeur de mort, la caméra se déplace lentement, suit une vieille femme rendue difforme par l’âge, puis impose en très gros plan les yeux bordés de mouche dévorant le visage émacié d'un tout petit enfant rachitique, des fumées épaisses bouchent l’horizon… La multiplicité des télévisions, la diversité infinie de leurs images, leur mobilité extrême provoquent comme une indifférence générale, tout se brouille dans un désordre complet, les images s'ajoutent aux images, s'accumulent, construisent l’indistinction où chacun ne voit que ce qu'il veut — s'abuse —, la réalité du monde s’expose comme une fiction aux procédés reconnus destinés à éveiller la curiosité mais qui, dans leur formalisme attendu, ne provoquent qu’indifférence. La réalité n'est plus matière mais mise en forme, procédés… Tout cela a bien peu d'importance, Roberte ne croit plus en rien, comment s’intéresser à l’ensemble incohérent de fragments que la narration s'efforce à rendre logiques, se prendre aux ruses reconnues du récit ? Difficile de savoir… Roberte ne perçoit pas de différence entre l’artificialité de la construction des images — tableaux ou téléviseurs — et celle des scènes jouées par les personnages — qui devraient pourtant être plus réels — qui l’entourent. Elle sait que leur comportements ne sont que masques, faux-semblants, que ce monde dans lequel elle se déplace sans enthousiasme n’est qu’un théâtre où chacun s’efforce de rendre crédible un rôle sans parfois y croire vraiment : elle n’a plus aucune confiance en personne ni en ses frères, en ses amants anciens ou récents, ni en Gilberte, son amie d’enfance, dont les relations avec Charlus l’inquiètent, ni même en la fidélité pourtant étonnante de Bréauté, elle se sent abandonnée, solitaire, entourée de pièges qui ne demandent qu’à se refermer sur elle, ne sait que faire ni quelle attitude adopter. Elle attend. Roberte va de l’un à l’autre, traverse le Foyer en tous sens, cherche partout des signes qui, dans cette paix apparente, pourraient l’avertir du danger.
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