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Général proust
   
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 La surveillance est générale (le 27/01/2006 à 11h20)
Le monde n’est pas créé une fois pour toutes pour chacun de nous. Il s’y ajoute au cours de la vie des choses que nous ne soupçonnions pas.
Marcel Proust, Albertine disparue.

Entre les limites que constituent les autres fenêtres, les murs d’écrans et de tableaux, sous l’œil insatiable des caméras de surveillance, les groupes errent sans but véritable dans l’espace du Foyer. Un portrait représentant un personnage vêtu de noir est accroché au-dessus d'une commode violette et or, dans un angle, près d’une porte qui donne sur des pièces intérieures inaccessibles, une chaise de bois, peinte en noir, semble attendre qu'il se passe enfin quelque chose. Difficile de savoir… Personne n'est capable de démêler le vrai du faux. Rachel s’y assied, regarde avec attention une de ses bagues dont le chaton est noir, la plupart du temps elle a le regard perdu dans le vide. Rêver n'est pas vivre, une pensée abrupte pèse sur tout son corps, elle n'a jamais eu une conscience claire des choses, il lui semble vivre continuellement dans un brouillard de situations et d'événements interchangeables qui se sont ajoutés les uns aux autres sans qu’elle en soupçonne la nature ni ce qu’ils impliquaient pour elle. Elle ignore dans quelle mesure son malaise provient de l'atmosphère, déplie un billet qui vient de lui être remise par un inconnu. Les écrans de télévision sont omniprésents, sur ceux qui la dominent d’anciens reportages présentent quelques un des nombreux exploits militaires du Général : devant une ville en flammes dont les lourds volutes de fumée obscurcissent l’horizon, le Général, qui n’était alors que commandant, debout sur une jeep, lunettes à la main droite, revolver dans la gauche semble surveiller le champ de bataille, des deux côtés de la jeep, des files de soldats, dont certains sont torse nu, visages sales, portant de lourds casques recouverts d’une sorte de filet, lourdement armés, progressent vers la ville ; quelque part dans un paysage qui, à cause de la violence du soleil et des restes de palmiers brûlés le ponctuant çà et là, semble vaguement exotique, des hommes de tout âge, fatigués, sales, aux vêtements souvent déchirés, sont assis par terre, serrés les uns contre les autres, tous ont les mains derrière le dos, peut-être attachées — mais on ne le voit pas — ils baissent la tête, semblent résignés, des militaires d’un régiment d’infanterie de marine, fusils d’assaut en main, les entourent : le Général, jeune officier à l’uniforme impeccable, est là, entouré d’un groupe de soldats, il a l’air très sérieux, grave même, semble passer ses troupes en revue, venir se rendre compte par lui-même de l’état et du nombre des prisonniers et, bien que les écrans soient muets, il n’est pas difficile d’imaginer qu’il félicite ses hommes, dit toute sa satisfaction : personne n’est dupe de ce que sait l’autre car il est des aveux impossibles.
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