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| Un monde instable (le 29/01/2006 à 14h49) |
Et ce secret toujours tient ma langue enchaînée…
Racine, Esther.
Les lourdes perles baroques anciennes suspendues à ses
lobes veloutés de duvet blond donnent à Gilberte, réfugiée sur la
banquette au siège de velours occupant un des deux recoins que forme la
descente de l’escalier monumental, un air de courtisane du quatrocento.
Elle fait face à une des fenêtres qui se creusent dans la nuit du
jardin, au-dessus de sa tête un des innombrables et muets écrans plats
de télévision où se forme d’incessant cyclones d’images militaires et
de combats qu’elle ne regarde pas. Debout devant elle un officier,
l’air enchanté de pouvoir le faire écoute avec attention ce qu’une
jeune femme, venue lui faire part de ses craintes devant les nombreuses
incertitudes qui pèsent sur eux, assise à ses côtés raconte à Gilberte
: le monde est instable, partout se livrent des guerres atroces, des
massacres sauvages ; des attentats sanglants déciment les populations
paisibles, les cultures les plus ouvertes sont menacées par la montée
des archaïsmes, tout se passe comme si, au lieu de progresser vers plus
de civilisation, l’humanité avait décidé de régresser de s’abandonner à
ses instincts les plus bas ; le monde s’emplit peu à peu de petits
groupes fanatiques persuadés que seules leurs idées — ou du moins ce
qu’ils croient être tel — sont justes et qui, par conséquent,
s’arrogent droit de vie et de mort sur leurs contemporains. — Je ne me
sens plus en sécurité nulle part, je n’ose plus voyager, sortir la
nuit, me promener seule dans la campagne et que le Général ait pu être
assassiné est effrayant, nous sommes maintenant menacés partout. —
C’est en effet effrayant, dit Gilberte avec un petit sourire crispé,
comment continuer à vivre tranquille après cela ? Le jeune officier
l’interrompt : — Faites-nous confiance, nous trouverons les coupables
et nous serons impitoyables, rien…
Sa voix est couverte par celle d’un colonel qui se diffuse dans les
haut-parleurs : « Chers amis, notre enquête progresse à grands pas, nos
services de sécurité sont sur le point d’arrêter les coupables. Nous
n’avons plus besoins que de confirmer certains points de notre enquête
et, pour cela, avons besoin de votre collaboration, certains d’entre
vous vont, dès maintenant être interrogés par nos services. Pour les
autres il nous semble inutile de vous contraindre à prolonger cette
soirée d’hommage à notre Général et ceux qui désireraient partir
peuvent le faire. Cependant, pour plus de sécurité nos forces de police
et notre armée vont organiser des départs en petits groupes et nous
vous demandons de bien vouloir coopérer afin que tout se déroule dans
une sécurité absolue avec une grande efficacité. »
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