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  Créer son blog KaZeo     Créer un blog gratuit Mardi 21 mai 2013   St Constantin  
Général proust
   
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 Germaine ne sait que faire avec Palancy
A quoi sert que l’heure n’ait pas sonné encore, si nous ne pouvons rien sur ce qui s’y produira?
Marcel Proust, Albertine disparue.

Au fur et à mesure de l’avancée de la soirée, au gré incessant des déplacements des convives, des groupes de plus en plus denses, telles des îles alluvionnaires résistant aux forces des remous d’eau, se forment dans l’espace du Foyer ; des rumeurs contradictoires se déplacent de l’un à l’autre, se transforment en fonction des mouvements de tel ou tel, des propos qu’il rapporte ou déforme, des va-et-vient, sans cohérence analysable, augmentant sans fin un sentiment diffus d’impuissance face à ce qui va désormais se produire même si personne ne croit pouvoir déterminer quel en sera le moment exact. La vie n'est pas matière mais forme, elle est un ensemble incohérent de fragments que seule la littérature — car écrire c'est faire croire que derrière l'illusion des expressions agit un monde qui a sa propre cohérence — peut s'efforcer à mettre un peu en forme. Mais si, parce que ses expressions n'ont fonction que de donner un semblant de cohésion à des histoires autrement sans consistance, la littérature est une des solutions, l'existence est ailleurs : l'écrit n'est que simagrées, illusions, impostures… spirales où chacun ne lit que ce qu'il veut être, où toute forme s'enroule sur elle-même pour créer un magma solide qui emporte les individus. La puissance du roman est de donner à des mots autrement vides, en dépit de leur incohérence, la présence du monde.

Palancy et Germaine ainsi sont pris dans ces tourbillons d’attractions, de rejets, d’amour, de passion, de peur, d’ignorance et d’incompréhension. Que Palancy veuille être aimé de Germaine qui ne rêve que de Norpois, qu’elle ait préféré ne pas savoir ce qu’Argencourt lui a confié, ne sont que deux des multiples attracteurs étranges qui influent sur le visible désordre du mouvement d’ensemble initié par l’absence inattendue du Général. Chacun dans le Foyer se trouve sans se chercher, essaie d’éviter qui il veut fuir, cherche qui il aimerait rencontrer, de qui il pourrait obtenir quelques informations fiables, à qui il désirerait confier certitudes comme incertitudes, chacun voudrait, à sa manière, composer le texte de cette soirée qui, dans ses origines ou ses fins, de toutes façons, lui échappe. Cherchant tous deux Norpois, pour des raisons indépendantes, Palancy rencontre Germaine, lui parle d’Argencourt; Germaine se dit qu’il est au courant, analyse la moindre de ses paroles, le convainc sans y prendre garde dans ce que, depuis ses échanges avec Lucienne et Albertine, il soupçonnait déjà: — Que savez-vous donc, ose Palancy? — Ce que vous savez aussi, ni plus ni moins… — Comment avoir confiance? — Pourquoi ne pas se méfier?
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