|
|
| |
|
|
| |
| Parrainage |
| Titre de votre futur blog : |
|
|
| |
|
|
| Sommaire des articles de cette rubrique |
|
|
|
|
| Françoise réclame de la solidarité |
On apprend la victoire, ou après coup quand la guerre est finie, ou tout de suite par la joie du concierge.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.
Venu dont ne sait où, Charlus rejoint à son tour discrètement le
groupe, tous les regards se tournent vers lui comme s’il devait
apporter une solution à leur problème, guérir leurs maux. Mais en ce
moment précis, il se sent imbécile et stupide, il manque de
perspectives, se sent soudain si pitoyable, proche de l’abandon, il
avance en lui-même, se dit que, pour sa part, il n'a jamais fini
d'apprendre à exister, qu’elles voudraient qu’il soit du côté de la vie
mais que si l'affolement est pervers, profondément, — il ne peut être
que pervers — leur crainte est un privilège. Un espace de silence
infini se déploie entre eux, l'air a une légèreté étonnante... Anxiété
du silence, Françoise se décide, déchire d’un mot ce silence qui
s’étire: — Alors… le retour du silence frappe Charlus comme une
cravache un cheval: — Ils savent tout… Ils savent qu’Argencourt a
modifié les circuits électroniques de freinage de la voiture du
Général, que vous, dit-il s’adressant à Lucienne, l’avez fait venir
chez vous sous un prétexte quelconque pour nous laisser le temps
d’agir, que Roberte porte en enfant du Général, comme Oriane de moi,
que j’ai fourni la drogue qu’elle a administré au chauffeur, que nous
avions prévu cela depuis des mois, que… Françoise l’interrompt : elle
aime la vie, n'aime que ses rêves de vie, sa vie est toujours sous une
pression d'atmosphères impossible à mesurer... elle demande à quoi
maintenant ils doivent s’attendre, ce qu'ils doivent faire — Il faut
s’attendre à tout, à tout, dit Ganançay. — Je ne sais pas, dit Charlus,
je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi ils n’interrogent que
les hommes, pourquoi ils ne m’ont pas arrêté, pourquoi ils laissent
traîner les choses… — Nous savons en tous cas que nous ne pouvons pas
quitter le Salon, dit une des femmes. — Oui, nous savons ça, dit
Charlus sur un ton ironique, c’est bien la seule chose que nous
sachions, on apprend la défaite après coup quand la guerre est finie
ou… tout de suite par la peur du serveur. Françoise reprend: — Ne
jouons pas leur jeu, il est clair qu’ils attendent de voir comment nous
allons réagir, peut-être désirent-ils que nous leur fournissions un
prétexte pour nous tuer… — Ou même nous pousser au suicide, ose
Lucienne… — Ou nous pousser au suicide, Charlus réfléchit à voix haute,
cela pourrait leur faciliter la tâche, éviter un procès public car nous
aussi nous savons beaucoup de choses qu’ils préfèreraient peut-être ne
pas voir dévoilées. — Quoi qu’il en soit, dit Françoise, il faut que
nous soyons solidaires. — Comme toujours, ajoute Rachel. — Comme
toujours reprend Roberte sur un ton inquiet.
Dans les larges fenêtres, la lune fait naufrage à l'est, met en lumière l’horrible mélancolie de la peur.
|
| [
Ajouter un commentaire | 1 commentaire(s) |
Imprimer cet article ] |
|
| |
|
|
| |
|
|
|
|
| |
|
|
| |
|
|
| |
| Statistiques |
| 7 connecté(s) |
| 59841 visiteurs |
| Depuis le 28/08/2005 |
|
| |
|